La liste noire des destinations à éviter cette année pour ne pas subir le surtourisme

En bref : Chaque annĂ©e, le guide Fodor’s rĂ©vĂšle les destinations oĂč le tourisme de masse dĂ©tĂ©riore irrĂ©mĂ©diablement l’environnement et les communautĂ©s locales. Bali, Venise, Barcelone, le Mont Everest et Koh Samui figurent parmi les lieux oĂč la saturation touristique a dĂ©passĂ© les limites du soutenable. Ces destinations, autrefois paradisiaques ou culturellement riches, souffrent d’une vĂ©ritable apocalypse Ă©cologique et sociale. Face Ă  ce phĂ©nomĂšne, repenser ses choix de voyage devient un acte de responsabilitĂ© envers la prĂ©servation des sites.

🌍 Quand le succĂšs touristique devient une malĂ©diction pour les destinations

Imaginez un manuscript ancien, fragile, dont on tournerait les pages sans respect, dont l’encre s’effacerait sous les doigts pressĂ©s de millions de lecteurs. C’est exactement ce qui se produit dans les grands pĂŽles touristiques mondiaux : une usure accĂ©lĂ©rĂ©e, une destruction progressive d’un patrimoine qui demandait des siĂšcles Ă  se construire. Le surtourisme n’est plus une curiositĂ© statistique, c’est une urgence Ă©cologique et humaine.

À l’origine, ces destinations attirent prĂ©cisĂ©ment parce qu’elles possĂšdent quelque chose de rare : une beautĂ© naturelle intacte, une culture vivante, des traditions authentiques. Mais sitĂŽt qu’elles deviennent populaires, elles commencent Ă  se consumer. Les infrastructures craquent, les ressources s’Ă©puisent, les habitants fuient. Ce paradoxe du tourisme de masse rĂ©vĂšle une vĂ©ritĂ© inconfortable : la raretĂ© et l’authenticitĂ© disparaissent sitĂŽt qu’on les commercialise Ă  grande Ă©chelle.

découvrez la liste noire des destinations à éviter cette année pour échapper au surtourisme et profiter de voyages plus authentiques et tranquilles.

đŸïž Bali : l’Ăźle des dieux vidĂ©e de sa substance

Bali accueille aujourd’hui des flots de visiteurs qui auraient semblĂ© inimaginables il y a une dĂ©cennie. Rien qu’en 2024, l’Ăźle indonĂ©sienne a enregistrĂ© 3,5 millions de touristes Ă©trangers sur les sept premiers mois de l’annĂ©e, soit une augmentation de 22 % par rapport Ă  la pĂ©riode Ă©quivalente en 2023. Cette affluence dĂ©passe largement la capacitĂ© de rĂ©silience de l’Ăźle.

Les symptĂŽmes de cette surcharge sont visibles partout. Les plages de Kuta et Seminyak, autrefois prĂ©servĂ©es, croulent dĂ©sormais sous les montagnes de dĂ©chets. Une vĂ©ritable catastrophe Ă©cologique oĂč le plastique s’accumule jour aprĂšs jour, annĂ©e aprĂšs annĂ©e. Selon un expert du WWF, « l’expansion rapide de Bali a eu de graves consĂ©quences environnementales. Le tourisme a Ă©voluĂ© ici avec un minimum de prĂ©voyance et d’investissement dans la durabilitĂ©, laissant les Ă©cosystĂšmes de Bali extrĂȘmement vulnĂ©rables ». Sans intervention significative, les zones naturelles les plus prĂ©cieuses de l’Ăźle risquent de disparaĂźtre complĂštement.

Au-delĂ  de la pollution visible, c’est un systĂšme millĂ©naire d’irrigation appelĂ© subak qui se dĂ©sagrĂšge. Ces riziĂšres en terrasses, inscrites au patrimoine mondial, reprĂ©sentent bien plus qu’une technique agricole : c’est un Ă©quilibre entre l’homme et la nature que le dĂ©tournement des ressources vers les infrastructures touristiques menace directement. Comment prĂ©server la culture balinaise quand l’eau manque pour les champs de riz, mais qu’elle coule Ă  flots dans les piscines des resorts ?

đŸ‡Ș🇾 L’Europe au bord de l’exaspĂ©ration : quand les habitants demandent l’arrĂȘt

Le phĂ©nomĂšne du surtourisme ne se limite pas aux Ăźles tropicales. En Europe, les citĂ©s les plus emblĂ©matiques vivent une vĂ©ritable rebellion des habitants face Ă  l’afflux touristique. À Barcelone, pendant l’Ă©tĂ© 2024, des rĂ©sidents ont arrosĂ© des touristes avec des pistolets Ă  eau en signe de protestation. Ce geste, Ă  la fois symbolique et exaspĂ©rĂ©, rĂ©sume l’ambiance de tension croissante dans les mĂ©tropoles europĂ©ennes.

Majorque, les Canaries et Venise connaissent des rassemblements similaires oĂč les populations locales manifestent leur colĂšre. Ces villes, qui ont misĂ© entiĂšrement sur le tourisme pour leur dĂ©veloppement Ă©conomique, dĂ©couvrent aujourd’hui que cette stratĂ©gie Ă  courte vue dĂ©truit prĂ©cisĂ©ment ce qui les rendait attrayantes. Les infrastructures s’effrondrent, les prix s’envolent, l’authenticitĂ© s’Ă©vapore.

À Lisbonne, la situation prend une tournure plus dramique encore : 60 % des logements sont dĂ©sormais dĂ©diĂ©s aux locations touristiques, tandis que les habitants historiques sont poussĂ©s vers les pĂ©riphĂ©ries ou vers l’exil. Depuis 2013, 30 % de la population a quittĂ© la ville. Les prix des loyers explosent, la vie locale devient impossible. Lisbonne figure dĂ©sormais parmi les capitales les moins abordables du monde. Ce n’est plus du tourisme, c’est une colonisation Ă©conomique silencieuse. DĂ©couvrez quelles destinations touristiques il faut absolument Ă©viter si vous souhaitez contribuer Ă  la prĂ©servation des sites.

⛰ L’Asie sous pression : quand la nature cĂšde sous le poids des visiteurs

Loin de l’Europe, d’autres sites d’exception vivent leur propre calvaire. Le Mont Everest, symbole ultime de l’aventure humaine, s’est transformĂ© en dĂ©charge Ă  ciel ouvert. Quelque 30 tonnes de dĂ©chets et d’Ă©normes quantitĂ©s d’excrĂ©ments humains jonchent ses pentes, transformant ce haut-lieu en vĂ©ritable cauchemar Ă©cologique.

Les villages des vallĂ©es environnantes, autrefois communautĂ©s rurales vivantes, deviennent des hĂŽtels gĂ©ants oĂč les terres agricoles sont converties en restaurants pour touristes. L’authenticitĂ© disparaĂźt, remplacĂ©e par un spectacle commercial. L’Ă©quilibre Ă©cologique de toute la rĂ©gion est gravemente menacĂ©, et les infrastructures insuffisantes ne peuvent plus absorber le flot de grimpeurs.

Koh Samui, l’Ăźle thaĂŻlandaise prisĂ©e pour ses plages de rĂȘve, gĂ©nĂšre entre 180 et 200 tonnes de dĂ©chets quotidiens. La gestion des dĂ©chets reste un problĂšme insoluble : les touristes comme les rĂ©sidents produisent une quantitĂ© de rĂ©sidus que l’Ăźle ne peut tout simplement pas traiter. Le Dr Wijarn Simachaya, prĂ©sident de l’Institut thaĂŻlandais de l’environnement, avoue : « Nous ne parvenons toujours pas Ă  trouver une solution durable ». Pire encore, la diffusion prochaine de la sĂ©rie The White Lotus, tournĂ©e sur l’Ăźle, promet une vague nouvelle de visiteurs, aggravant inĂ©vitablement la crise Ă©cologique.

🚹 Les destinations en danger : avant qu’il ne soit trop tard

Fodor’s ne se contente pas de dĂ©noncer les maux passĂ©s ; elle avertit aussi sur les lieux qui commencent Ă  craquer sous la pression. Agrigente en Sicile prĂ©pare son annĂ©e en tant que capitale italienne de la culture en 2025, ce qui risque d’attirer des hordes de visiteurs supplĂ©mentaires. Or, la rĂ©gion souffre dĂ©jĂ  d’une grave crise d’eau, une situation qui pourrait devenir critique avec l’arrivĂ©e de millions de touristes supplĂ©mentaires.

Aux CaraĂŻbes, les Îles Vierges Britanniques subissent l’assaut du tourisme de croisiĂšre. En seulement six mois de 2024, elles ont accueilli plus de 683 000 passagers, en augmentation de 17 % par rapport Ă  la mĂȘme pĂ©riode l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Le problĂšme ? Ces touristes de croisiĂšre dĂ©pensent trĂšs peu localement, contrairement Ă  ceux qui sĂ©journent dans les hĂŽtels. L’impact Ă©conomique positif est limitĂ© tandis que la dĂ©gradation environnementale progresse.

D’autres destinations commencent Ă©galement Ă  montrer des signes d’alerte : Kerala en Inde, Kyoto et Tokyo au Japon, Oaxaca au Mexique, ou la North Coast 500 en Écosse. Chacune de ces rĂ©gions reprĂ©sente un cas d’Ă©tude du tourisme responsable Ă©chouĂ©, oĂč la conscience Ă©cologique arrive trop tard. Consultez les destinations Ă  Ă©viter cette annĂ©e pour limiter votre impact si vous envisagez un sĂ©jour.

đŸ€” Repenser son rapport au voyage : au-delĂ  de la simple liste noire

La liste noire de Fodor’s n’est pas un boycott, c’est une invitation Ă  rĂ©flĂ©chir. Elle ne dit pas « n’allez jamais Ă  Bali », elle dit plutĂŽt : « si vous y allez, vous contribuerez Ă  sa destruction ». C’est une nuance fondamentale, car elle demande aux voyageurs de prendre leurs responsabilitĂ©s.

Choisir une destination moins frĂ©quentĂ©e, adopter des pratiques de tourisme durable, sĂ©journer chez l’habitant plutĂŽt que dans des complexes standardisĂ©s : ce sont des gestes qui, multipliĂ©s par des millions de voyageurs, pourraient redessiner entiĂšrement la carte du tourisme mondial. Chaque dĂ©cision de voyage est un vote pour le type de monde que nous souhaitons construire.

Comme dans l’art ancien de la reliure, oĂč chaque point doit ĂȘtre pensĂ© avant d’ĂȘtre nouĂ©, le voyage exige une intention. On ne peut pas parcourir le monde en tant que spectateur indiffĂ©rent. La biodiversitĂ© menacĂ©e, les communautĂ©s fragilisĂ©es, les sites dĂ©naturĂ©s : tout cela est la consĂ©quence de choix individuels rĂ©pĂ©tĂ©s. Inverser cette tendance demande une mĂȘme accumulation d’actes conscients, de renoncements volontaires, de chemins dĂ©laissĂ©s au profit d’aventures plus discrĂštes.

La beautĂ© d’une destination rĂ©side autant dans sa prĂ©servation que dans sa dĂ©couverte. Peut-ĂȘtre le vrai voyage consiste-t-il Ă  chercher les lieux oubliĂ©s, les villages tranquilles, les paysages qui n’ont pas encore craquĂ© sous le poids de millions de regards. Ce qui reste Ă  explorer, ce n’est pas tant de nouvelles terres, mais une nouvelle maniĂšre de les respecter.

Profil de l'auteur

Emma
Je m’appelle Emma Lemoine, j’ai 29 ans, et j’ai deux obsessions dans la vie : comprendre les rĂ©cits qui façonnent le monde
 et fabriquer les miens Ă  la main.

Je suis relieuse artisanale Ă  Lyon – un mĂ©tier rare, patient, presque en voie de disparition. Je restaure, façonne, couds, plie, colle
 J’apprends Ă  chaque geste que ce qui dure prend du temps. Et peut-ĂȘtre est-ce pour ça que j’ai ouvert ce blog : parce que notre Ă©poque va trop vite, qu’elle s’enchaĂźne comme des titres en continu, et que je ressens le besoin de ralentir pour mieux lire le rĂ©el.

Sur ce blog, je parle d’actualitĂ© gĂ©nĂ©rale – politique, Ă©cologie, sociĂ©tĂ©, culture – mais jamais dans le bruit ou la panique. J’écris pour celles et ceux qui veulent rĂ©flĂ©chir, pas juste rĂ©agir.
Mon approche ? Observer les faits, les replacer dans une histoire plus large, chercher ce qu’ils racontent de nous, ici et maintenant. J’ai Ă©tudiĂ© les sciences humaines Ă  MontrĂ©al, j’ai travaillĂ© un temps dans le journalisme culturel, puis j’ai dĂ©cidĂ© de m’éloigner des rĂ©dactions pour retrouver une voix plus libre, plus lente, plus incarnĂ©e.
0 / 5

Your page rank:

Plus d'articles

Derniers Articles

Le site de parrainage Ă  la mode !