Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique est interdit par défaut en France. Une bascule juridique majeure, pensée notamment pour protéger les publics les plus exposés aux appels abusifs — au premier rang desquels les seniors, cibles privilégiées des arnaques téléphoniques depuis plusieurs années.
Une loi qui renverse la logique du démarchage
La loi n°2025-594 du 30 juin 2025, entrée en application le 11 août 2026, inverse le principe qui prévalait jusque-là : ce n'est plus au consommateur de refuser d'être démarché, mais à l'entreprise d'obtenir un consentement « libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable » avant d'appeler. Seule exception autorisée : les appels liés à un contrat déjà en cours. La liste d'opposition Bloctel, jusque-là seul rempart, disparaît puisque l'interdiction devient désormais la règle générale. Les sanctions peuvent atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale.
Une explosion des appels abusifs ces deux dernières années
Le texte répond à une réalité chiffrée par l'Arcep, le régulateur des télécoms : 23 383 signalements d'appels non sollicités ont été recensés en 2025, soit une hausse de 113 % en un an et une multiplication par onze en deux ans. Le régulateur a également comptabilisé 19 000 cas d'usurpation de numéro (spoofing) en 2025, alors que 6,2 millions de consommateurs restaient inscrits sur Bloctel juste avant sa disparition.
Pourquoi les seniors restent une cible privilégiée
Isolement, confiance envers les institutions, moindre familiarité avec les outils numériques : ce cocktail explique pourquoi les seniors concentrent une part disproportionnée des arnaques. Selon les données de Cybermalveillance.gouv.fr, plus de 420 000 demandes d'assistance ont été enregistrées en 2024, en hausse de 49,9 % sur un an, le phishing représentant à lui seul 34 % des plaintes déposées. Autre signal préoccupant : seuls 16 % des seniors savent précisément quelles démarches entreprendre après avoir été victimes d'une fraude en ligne.
Les arnaques les plus fréquentes visant les seniors
- Faux conseiller bancaire demandant un code ou un mot de passe par téléphone
- SMS de livraison frauduleux imitant Chronopost ou La Poste
- Fausses confirmations de paiement sur les plateformes d'annonces type Leboncoin
- Phishing par SMS autour de la carte Vitale ou du compte Ameli
- Usurpation de fournisseurs d'énergie comme Enedis
- QR codes piégés déposés dans les boîtes aux lettres
- Clonage vocal par intelligence artificielle, simulant l'appel d'un petit-enfant en détresse
- Faux sites imitant l'Assurance Retraite ou la CNAV
Les bons réflexes à adopter
Les organismes légitimes — banques, établissements financiers, caisses de retraite — ne demandent jamais de mot de passe ou de code de confirmation par téléphone. En cas de doute, mieux vaut raccrocher et rappeler soi-même l'organisme via son numéro officiel plutôt que celui communiqué par l'appelant. Sur le plan juridique, la nouvelle interdiction du démarchage renforce aussi les recours possibles en droit de la consommation, tandis que les gestes de prudence au quotidien restent la meilleure protection, comme le rappellent régulièrement les guides pratiques dédiés à la vie pratique des seniors et de leurs proches.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui change concrètement avec la loi du 11 août 2026 ?
Le démarchage téléphonique devient interdit par défaut dans tous les secteurs, sauf consentement préalable explicite du consommateur ou appel lié à un contrat déjà en cours. Les entreprises fautives risquent jusqu'à 75 000 € d'amende pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale.
Bloctel sert-il encore à quelque chose ?
Non, la liste d'opposition Bloctel disparaît avec cette réforme puisque l'interdiction devient le principe général : il n'est plus nécessaire de s'inscrire sur une liste pour être protégé, sauf si l'on a explicitement donné son accord à un appel.
Comment un senior peut-il vérifier qu'un appel est légitime ?
En raccrochant et en rappelant l'organisme via le numéro officiel indiqué sur un relevé bancaire, un contrat ou le site institutionnel — jamais via un numéro communiqué pendant l'appel suspect — et en ne transmettant jamais de mot de passe ou de code par téléphone.
Sources
- SeniorActu — Démarchage téléphonique : malgré la loi de 2026, les appels abusifs ont été multipliés par onze en deux ans
- SeniorActu — Arnaques visant les seniors en 2026 : les 8 fraudes les plus dangereuses
- AFOC — Les nouvelles règles du démarchage téléphonique en France
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