Un poste de manager se libère, et le réflexe est presque toujours le même : promouvoir le meilleur vendeur, le meilleur expert technique, l'élément le plus performant de l'équipe. Une nouvelle méta-analyse scientifique, confirmée par des données de terrain portant sur des dizaines de milliers de salariés, montre que ce réflexe produit l'effet inverse de celui recherché.
Le constat n'est pas anecdotique : selon une étude Gallup régulièrement citée sur le sujet, près de 82 % des entreprises se trompent de profil lorsqu'elles nomment un manager.
Ce que révèlent les données sur la promotion des meilleurs vendeurs
Une étude américaine a suivi les trajectoires d'environ 48 000 commerciaux et 5 000 managers. Résultat : les entreprises favorisent systématiquement leurs meilleurs vendeurs au moment des promotions, alors que leur performance commerciale passée ne prédit pas leur capacité à encadrer une équipe. Pire, le chiffre est précis : une performance individuelle deux fois plus élevée avant la promotion est associée à une baisse de 10 % de la performance des subordonnés une fois la personne en poste de management.
Ce phénomène, proche de ce que les chercheurs appellent le principe de Peter, trouve une explication plus fine dans une méta-analyse récente menée par Nathan Baker (Wright State University) et Christopher Nye (Michigan State University), avec des chercheurs d'institutions américaines et singapouriennes. Leur travail compile 203 ensembles de données et près de 5 000 corrélations.
Le vrai décalage : ce qui fait promouvoir n'est pas ce qui fait diriger
Plutôt que de s'appuyer sur le modèle classique des « Big Five », les chercheurs ont décomposé la personnalité en 21 facettes. Leur conclusion est nette : l'assertivité — la capacité à s'imposer et à s'affirmer en réunion — est le meilleur prédicteur d'un accès à un poste de direction. Or cette même assertivité n'entretient aucune corrélation significative avec l'efficacité réelle une fois en poste.
Ce qui prédit vraiment la performance managériale, selon l'étude, ce sont quatre traits bien différents : la motivation à l'accomplissement, le sens de l'organisation, l'autodiscipline et l'optimisme. Des qualités beaucoup moins visibles en entretien de promotion qu'un style affirmé, ce qui explique en partie pourquoi les comités de direction continuent de se tromper.
Un autre facteur, documenté par le cabinet TalentSmart, vient compléter le tableau : l'intelligence émotionnelle expliquerait à elle seule près de 58 % de la performance dans de nombreux postes à responsabilité — loin devant les compétences techniques qui justifient habituellement la promotion.
Ce que cela change pour les entreprises
- Évaluer séparément la performance individuelle et le potentiel managérial, plutôt que de déduire le second de la première.
- Tester les candidats sur des mises en situation d'encadrement avant la promotion, et pas seulement sur leurs résultats passés.
- Créer des parcours d'expertise valorisants pour les meilleurs éléments qui ne souhaitent pas, ou ne sont pas faits pour, encadrer une équipe.
Ces arbitrages RH rejoignent des questions plus larges de gestion d'entreprise abordées régulièrement sur le sujet, notamment quand une micro-entreprise grandit et doit structurer sa gestion ou clarifier ses obligations liées à la TVA. Le profil de certains entrepreneurs, comme celui d'Uri Poliavich et son parcours dans la création d'entreprises technologiques, illustre d'ailleurs à quel point les trajectoires de leadership réussies reposent rarement sur la seule performance individuelle initiale.
Ces constats intéressent aussi directement les parcours de formation professionnelle, qui commencent à intégrer des modules spécifiques de préparation au management, distincts de la formation technique au métier.
Questions fréquentes
Pourquoi les entreprises continuent-elles à promouvoir leurs meilleurs experts au poste de manager ?
Parce que l'assertivité, trait qui donne une impression de leadership en entretien, est le meilleur prédicteur statistique d'une promotion — alors qu'elle ne prédit pas l'efficacité réelle en poste.
Quels traits prédisent vraiment une bonne performance managériale ?
Selon la méta-analyse de Baker et Nye, la motivation à l'accomplissement, le sens de l'organisation, l'autodiscipline et l'optimisme sont les véritables indicateurs de réussite en management.
Existe-t-il une alternative à la promotion automatique du meilleur vendeur ?
Oui : de plus en plus d'entreprises testent le potentiel managérial via des mises en situation avant promotion, et créent des parcours d'expertise pour les salariés très performants qui ne souhaitent pas encadrer.
Sources
Presse-citron —
Gallup —
Courrier Cadres
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